Chapitre 8
Paul Connor,
Le Gréviste de la Faim

Jeûner pour une cause juste

Avertissement
Paul Connor et d’autres grévistes de la faim ont utilisé des moyens extrêmes pour faire entendre leurs convictions. Ils ont mis leurs santés en danger. Ce n’est pas recommandé. Faites-vous votre propre jugement sur l’utilité de leur action mais ne les imitez pas.

LE 18 DECEMBRE 2009, Paul Connor se préparait à manger à nouveau. 43 jours s’étaient écoulés – presque un mois et demi – pendant lesquels il n’avait rien ingurgité à part de l’eau. Installé sous un chapiteau, sur la pelouse de l’Assemblée Nationale d’Australie à Canberra, Paul a entamé une grève de la faim pour protester contre la manière dont l’Australie répond à la détresse de millions de personnes, parmi les plus pauvres du monde – ceux déjà touchés par le changement climatique.

Paul n’était pas seul. De l’autre côté du globe, à l’instant même où s’achevait le sommet mondial sur le changement climatique de Copenhague, les australiennes Anna Keenan et Swede Sara Svensson, 24 et 22 ans, se préparaient elles-aussi à manger après 43 jours sans nourriture. Environ 10 000 personnes (dont l’ancienne Présidente d’Irlande Mary Robinson et les célèbres activistes Bill McKidden, Naomi Klein et Vandana Shiva) se sont jointes au dernier jour du Climate Justice Fast ! (Jeûne pour la Justice Climatique) en signe de solidarité.

Paul a suggéré un jeûne à son colocataire peu de temps avant la canicule historique qui frappa l’État de Victoria en 2009 et les redoutables incendies du Samedi Noir qui suivirent.

Il raconte :

Un soir, alors que je faisais ma ronde à l’hôtel où je travaille comme agent de sécurité, je n’arrêtais pas de penser à combien il était facile pour les gens au pouvoir d’ignorer les formes classiques de contestation, comme les manifestations ou les pétitions. Je me suis dis que seul un geste qui attirerait l’attention du public, comme une grève de la faim, pourrait exprimer la profondeur de mes sentiments et peut-être influer sur notre pathétique politique climatique. Je voulais essayer de changer la perception du problème. J’ai donc décidé de relever le défi de la grève de la faim.

La grève de la faim n’est pas une forme nouvelle d’action politique. Il y a plus d’un siècle, en Angleterre, les Suffragettes l’ont utilisée pour soutenir les droits des femmes, tout comme Mahatma Gandhi pour son combat en Inde.

Prendre conscience de l’injustice

C’est parce que son colocataire lui a fait voir le documentaire Crude Impact sur les énergies fossiles et le « pic pétrolier » que Paul a pu prendre conscience de la « nature réellement diabolique de la crise climatique ». Il dit :

J’avais déjà visité des pays pauvres en Afrique et en Asie et j’avais vu de mes propres yeux combien l’économie globale profitait aux pays riches tout en renforçant la pauvreté des pays en difficulté, mais également à quel point les communautés pauvres étaient vulnérables aux variations de précipitations et aux conditions météorologiques. Pour moi, l’énorme fossé qui sépare les riches et les pauvres est totalement injuste et inacceptable.

La position de l’Australie sur le changement climatique lui parut extrêmement injuste. « On disait au monde : dommage, vous devez souffrir parce qu’on a pas envie de réduire les nuisances causés par la production de notre énorme richesse. » Il refusa d’accepter cette idée. « Je ne voulais pas faire partie d’une nation qui s’adressait ainsi aux autres êtres humains. »

Paul sait qu’« il n’y a pas d’alternative pour les personnes pauvres si l’approvisionnement en eau et en nourriture s’arrête… » Il ajoute : « Le refus collectif du monde développé de répondre de manière adéquate au changement climatique est une ignominie, un manquement flagrant, total et indéniable aux obligations morales les plus élémentaires envers les autres être humains. »

Mais comment se fait-il que Paul se soit retrouvé à mener une grève de la faim internationale, pendant un forum mondial, attirant l’attention sur une injustice grâce à une action publique ?

Développer une conscience

Paul est issu d’une famille de la classe moyenne : son père est avocat et sa mère est professeure de science. A la maison, la famille ne parlait jamais beaucoup de politique même s’il y avait une conscience sociale. Paul se souvient parfaitement d’être allé à un repas de collecte de fonds d’Oxfam quand il avait environ neuf ans. Les invités y étaient divisés par groupe en fonction de ce qu’on leur servait : un repas Premier-Monde, Second-Monde ou Tiers-Monde (c’est-à-dire un repas-type qu’on pourrait trouver dans un pays riche, un pays en développement ou un pays pauvre).  Le dîner de Paul consista en un petit bol de riz et de l’eau. « Comme la plupart des gens, j’étais dans le groupe du Tiers-Monde et je suis reparti en ayant faim. »

Pendant ses études de philosophie à l’université, Paul a lu beaucoup de livres et d’articles sur l’éthique et les causes profondes de la pauvreté mondiale. Le point de vue du philosophe australien Peter Singer l’a particulièrement impressionné :

Puisque ce sont les nations en développement qui subiront le plus de dommage à cause du changement climatique, alors qu’elles y contribuent beaucoup moins que les pays riches, ce que font les pays riches est une grande injustice morale.

Paul était déterminé à se battre pour la justice climatique en faveur des pays en développement. En cela, il a été grandement inspiré par le courage et la ténacité de l’activiste américain Tim DeChristopher.

Tim De Christopher était étudiant à l’université de l’Utah quand il a décidé d’empêcher un « crime climatique » d’être commis. L’histoire s’est terminée par un procès épique à la cours fédérale américaine. Il a déclaré plus tard :

J’avais perçu l’énormité de la crise et du défi auxquels on devait faire face avec le changement climatique et je m’apercevais qu’écrire quelques lettres ou rouler à vélo ne suffisait pas face à la gravité de la menace.

Il décrit les préparatifs de son « crime » :

J’étais à un symposium et je me suis retrouvé à discuter avec une personne du GIEC, une femme qui avait reçu un Prix Nobel pour son travail sur le changement climatique. En aparté, elle m’a dit : « On aurait pu faire des choses dans les années 80, d’autres choses dans les années 90, mais maintenant… c’est probablement trop tard. » Elle m’a dit que le GIEC s’était révélé incapable de proposer un scénario politiquement faisable et qui éviterait les pires conséquences du changement climatique. Puis elle a posé sa main sur mon épaule et m’a dit : « Je suis désolée. Ma génération a abandonné la vôtre. » Cela m’a brisé, j’étais désespéré mais j’ai aussi réalisé que, si aucun scénario politiquement faisable n’existait, on devait alors faire quelque chose qui serait politiquement faisable.

Mondial et légal

Autant l’action de Tim DeChristopher était illégale et spontanée, autant celle de Paul était parfaitement légale et minutieusement planifiée. Après avoir discuté de son idée de grève de la faim avec plusieurs activistes de Melbourne,


L’ACHETEUR N°70 PROVOQUE LE CHAOS

En 2008, l’Office de Gestion du Territoire américain a organisé une mise aux enchères de concessions d’exploitation de pétrole et de gaz sur des terres fédérales en Utah. DeChristopher décida d’aller à la vente dans le but de perturber les enchères d’une manière ou d’une autre. Il gardait en mémoire le message des Yes Men : « Saisissez chaque occasion d’être la personne importante qui a le droit de parler et d’influencer notre pays. » (Les Yes Men sont un collectif d’environ 300 activistes qui utilise la « correction d’identité », ou imposture, pour obtenir des informations sur les activités des grandes entreprises et des corporations. Tapez « Vivoleum » en ligne.)

En arrivant à la vente à Salt Lake City, De Christopher n’avait aucune idée de ce qu’il ferait une fois à l’intérieur. A la porte, un agent lui demanda s’il était venu en tant qu’acheteur. Il répondit rapidement que oui, il était acheteur. On lui remit alors une tablette portant le numéro 70. Pendant la vente aux enchères, il leva cette tablette N°70 encore et encore, faisant monter les prix des concessions d’exploitation. Après avoir remporté les ventes de 13 parcelles pour une valeur totale d’1,7 millions de dollars, les organisateurs se sont rendus compte de l’imposture. Des agents fédéraux ont rapidement arrêté DeChristopher, mais il avait atteint son but: la vente aux enchères avait tourné au chaos.

DeChristopher fut emprisonné pendant 2 ans pour « falsification de représentation », suivis de 3 ans de liberté conditionnelle. Il dût également s’acquitter d’une amende de 10 000 dollars.


Paul a décidé de passer à l’action le mois précédent le Sommet sur le Climat organisé par les Nations Unies à Copenhague fin 2009. Afin de renforcer l’idée de justice et d’insister sur l’urgence de la situation, Paul a choisi le nom « Climate Justice Fast ! » (fast se traduisant à la fois par le verbe jeûner et par l’adjectif rapide, Ndt). Il n’a eu que neuf mois pour diffuser son idée, se préparer et trouver des gens pour l’aider.  Il n’a pas fallu longtemps pour que la nouvelle se répande. «  Alors que je me remettais d’un jeun de préparation de six jours, j’air reçu un email d’Anna Keenan qui souhaitait utiliser ses contacts partout dans le monde pour que le Climate Justice Fast ! devienne international. » Il ne pouvait plus revenir en arrière !

Quelques années auparavant, Paul était sorti avec une femme musulmane d’Indonésie. Par respect pour ses croyances religieuses, il avait jeûné avec sa famille pendant le Ramadan, sans boire ni manger, du lever au coucher du soleil. Malgré cela, s’engager dans une protestation publique pendant laquelle il ne mangerait pas pendant plus d’un mois s’avérait être bien plus difficile. Paul admit plus tard : « J’avais peur de ne pas avoir suffisamment de force mentale et physique. »

Certains amis de Paul s’inquiétaient parce que les gens qui ne mesurent pas la gravité du changement climatique aurait pu penser que Climate Justice Fast ! était trop extrême. Les lobbies des entreprises énergétiques ont réussi à faire passer les activistes du climat pour des « extrémistes » et des « alarmistes ». Mais la réception du public sur la grève de la faim n’inquiétait pas vraiment Paul. Pour lui, le plus important, c’était que les actions menées soient justes. Il dit :

Pour ce qui est de la justice climatique, notre système judiciaire marche sur la tête. Actuellement, nos lois traitent comme des criminels des gens qui cherchent à protéger l’environnement et les milliards de gens et d’espèces qui en dépendent. C’est tout simplement immoral.

Puis il demande : « Si nous ne sommes pas prêts à lutter pour ce qui est universellement vrai et juste, et pas seulement pour ce qui est légal, alors quelle chance avons-nous de nous sortir du pétrin dans lequel nous nous sommes nous-mêmes mis ? »

Grâce au Climate Justice Fast ! , Paul a rencontré des gens de toutes sortes et de tous horizons. Une des grévistes de la faim s’appelait Diane Wilson, une pêcheuse de 61 ans, mère de cinq enfants, célèbre activiste de l’environnement, féministe et auteure, et qui vient de la côte sud du Texas. Son comté est le plus pollué de tous les États-Unis à cause  des raffineries et des nombreuses entreprises pétrochimiques basées là-bas. « Quelque chose doit être fait, et vite », dit-elle. « Le futur des enfants d’aujourd’hui et de demain est entre nos mains. Il serait criminel de ne rien faire alors qu’un problème, que nous, américains, avons contribué à créer, détruit la planète.

LE JEÛNE DÉBUTE 

 Environ 150 grévistes de la faim ont officiellement entamé leur jeûne pour la justice climatique au début du mois de Novembre 2009, un mois avant le sommet de Copenhague. Chaque jour, des supporters venaient leur rendre visite. Paul se souvient d’avoir été « impressionné par l’aide qu’on lui avait offert et par les encouragements incessants qui lui parvenaient du monde entier ». Il y eut des moments spéciaux comme les rencontres avec le dirigeant des Verts de l’époque, le Dr Bob Brown, ou avec la députée des Verts Christine Milne. Tous deux sont de célèbres défenseurs de l’environnement et des droits humains. Le même jour, le 10ème jour de jeûne, l’équipe de Cours pour le Climat (cf. Chapitre 2) est passée par Canberra et a rendu visite aux jeûneurs.

Au début, Paul avait assez d’énergie pour écrire des articles de blog ou pour envoyer des messages sur les réseaux sociaux à ses supporters. Plusieurs de ses amis sont venus de Melbourne pour l’aider, « Je n’aurais rien pu faire sans eux, ils ont été si gentils, leur générosité m’a touché », se souvient Paul.

Michael Morphett est un de ceux qui ont jeûné avec Paul à Canberra. Au 31ème jour, son poids est descendu en dessous de 45kg. Une telle perte de poids peut être dangereuse, particulièrement pour une personne de 62 ans. Les médecins et les autres jeûneurs l’ont supplié d’arrêter, ce qu’il a fait. Paul, lui, a réussi à tenir 43 jours.

Vers la fin, il était très faible et son corps ne fonctionnait plus : « Je suis entré dans une sorte de transe, je me rappelle avoir été abasourdi en réalisant que de vastes périodes de temps s’étaient écoulées pendant que je somnolais ».

L’APPEL A L’ACTION DES INSULAIRES

Les négociations du sommet de Copenhague avaient mal commencé quand, le mois précédent, un plan secret avait fuité dans un journal anglais. Ce plan était officieux et contenait des propositions susceptibles de déplaire à certains pays. Puis, lors du 3ème jour de conférence,  les organisateurs ont eu droit à une autre surprise. Tuvalu, une petite île voisine de l’Australie (et 4ème plus petit pays du monde) a formellement proposé un traité, juridiquement contraignant, proposant un retour rapide à des concentrations de gaz à effet de serre de 350 parts par million. Pour atteindre cet objectif, les pays riches auraient dû réduire leurs émissions de presque moitié dans la décennie suivante. Tuvalu a fait cette proposition audacieuse au nom de l’Alliance des petits États insulaires, forte de 43 membres. Beaucoup de ces membres étaient déjà menacés par la montée du niveau des océans, qui risquaient d’inonder leurs territoires et de les rayer tout bonnement de la carte.

Ian Fry, négociateur en chef pour Tuvalu à Copenhague, dit :

Tuvalu est l’un des pays au monde les plus vulnérables au changement climatique. Notre salut dépend des résultats de ces discussions. Mon Premier Ministre et plusieurs autres chefs d’État sont venus à Copenhague avec la ferme intention de signer un traité juridiquement contraignant… nous ne voulons pas abandonner.

La requête de États insulaires a divisé les pays en développement. Les plus riches d’entre eux – dont la Chine, l’Inde, l’Arabie Saoudite, le Venezuela et Oman- ne voulaient pas signer quoi que ce soit qui pourrait entraver leurs croissances économiques. Ils ont refusé d’emblée la proposition de Tuvalu. Ce sont des gens comme les citoyens de Tuvalu et de leurs alliés que Paul a voulu soutenir à travers son jeûne.

KLIMAFORUM09

En décembre 2009, pour le Sommet sur le climat, des activistes du monde entier ont convergé vers Copenhague afin d’exhorter les dirigeants à agir et éviter un désastre climatique. Les manifestations étaient telles que la plupart des activistes ont été bannis du centre de conférence pendant les négociations. Au même moment, ils ont organisé leur propre « rassemblement des peuples » pour discuter de technologie alternative et d’économie durable.

Géré par seulement quatre salariés et des centaines de volontaires, « Klimaforum09 » a organisé plus de 300 débats, expositions, projections, concerts et pièces de théâtre, se concentrant sur les solutions au changement climatique. Celles-ci sont connues de tous, abordables et déjà disponibles. 50 000 personnes, venues des quatre coins de la planète, ont participé au « rassemblement des peuples » qui fût une grande réussite. Alors que les négociations officielles étaient sans cesse retardées, que des délégués quittaient les réunions et qu’il y régnait un climat de chaos, Klimaforum09 s’est déroulé sans le moindre problème, incitant le chroniqueur britannique George Monbiot à déclarer : « Je sais à quelle équipe je confierais la mission de sauver la planète. »

COPENHAGUE : DE L’ESPOIR AU DESESPOIR 

Les résultats officiels des négociations de Copenhague ont été une terrible déception. Au lieu d’un accord « juste, ambitieux et juridiquement contraignant », signé par tous les dirigeants du monde, les délégués se sont vaguement accordés sur le fait de « prendre acte » (et non d’agir en conséquence) d’un document non-contraignant de trois pages intitulé « l’Accord de Copenhague ». Ses objectifs sont pathétiques par rapport à ce que recommandent les scientifiques du climat (et Tuvalu), à savoir que la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère devrait être ramenée en dessous de 350 ppm.

L’Accord était aussi terriblement injuste. Les gens des pays riches et développés étaient autorisés à émettre presque deux fois plus de dioxyde de carbone que les habitants des pays pauvres. L’objectif de réduction des émissions de carbone était loin des 40% de diminution en 2020, préconisés par les scientifiques du GIEC pour les pays développés.

Pour Paul, comme pour la plupart des militants actifs à ce moment là, il y a eu un « avant Copenhague » et un « après Copenhague ». Il y a eu « un moment décisif où l’espoir d’un véritable progrès s’est transformé sous nos yeux en choc et en douleur», dit Paul.

Pour lui, la fin de la manifestation fut pleine d’émotion : « Quand le jeûne était fini, que je prenais enfin mes premières gorgées de jus de fruits frais, j’ai versé quelques larmes, » admet-il.

On ne s’attendait pas à des miracles mais, tout-à-coup, nous prenions conscience que les dirigeants du monde, ceux qui avaient la responsabilité et la capacité d’agir collectivement pour résoudre cette crise, n’avaient pas voulu ou pu utiliser leur pouvoir démocratique pour nous sauver. Nous réalisions que nous étions seuls face à un futur terrifiant.

PETITS RAYONS DE SOLEIL

Malgré les pitoyables conclusions du sommet sur le climat qui pesaient lourdement sur ses épaules, Paul se souvient d’avoir ressenti un très fort sentiment « de paix et d’accomplissement ». Sur le chemin du retour vers Melbourne, il a passé quelques jours chez ses parents à Wangaratta. « Ma mère a tenu à me dire que plusieurs personnes en ville lui avait exprimé leur admiration pour les principes et le courage de son fils. Cela m’a beaucoup touché. »

Du désastre de Copenhague 2009, plusieurs points positifs ont émergé :

  • Bien que n’offrant aucune solution pratique ou aucun objectif contraignant, l’Accord a formellement validé le point de vue des scientifiques qu’« une profonde diminution des émissions mondiales est urgemment requise… afin de maintenir la hausse des températures moyennes en dessous de 2 degrés Celsius. » Encore plus de scientifiques sont entrés dans le débat public.
  • Jamais autant de personnes n’avaient demandé une action internationale pour limiter la menace climatique. Des organisations environnementales, comme Greenpeace, 350.org, Friends of the Earth, Avaaz, 6billionreasons.org, Hopenhagen.org et tant d’autres, ont organisé des pétitions, des rassemblements et des marches réunissant des millions de gens à travers le monde. Ces manifestations publiques passionnées ont été d’étonnantes sources d’inspiration et d’espoir.
  • Le concept de « justice climatique » internationale a été solidement établi dans l’esprit des gens.

RECONSTRUIRE

Mise à part une brève visite à l’hôpital au 40ème jour – pour un manque de sodium -, Paul a survécu à son long jeun sans complications et sans tomber malade. Mais reprendre une alimentation normale a pris du temps, ainsi que reconstruire sa force physique. Il a perdu 20 kg, ses muscles ont fondu et il était très faible à la fin du jeun. Il lui a fallu beaucoup de temps avant d’avoir assez de force pour reprendre le sport de haut niveau.

PASSER À AUTRE CHOSE

Paul est un idéaliste. Il dit que « nous ne pouvons être en paix avec nous-mêmes que si nos actions reflètent ce en quoi nous croyons. Alors, nos esprits s’élèvent et nous nous sentons vivants et libres. »

Après le Climate Justice Fast !, Paul a participé à la création du groupe Quit Coal dans l’état de Victoria, un mouvement populaire dont le but est d’empêcher l’extraction des énergies fossiles (cf. Chapitre 1). En tant qu’artiste et designer graphique, Paul a crée le logo de Quit Coal, ainsi que de nombreuses œuvres d’art dans le but de promouvoir des évènements et des projets. En tant que musicien, il a organisé et joué à des concerts de charité pour collecter des fonds et sensibiliser le public, dans des périodes importantes du développement de Quit Coal. Il a pris la parole à de grands rassemblements publics et a été porte-parole dans les médias à plusieurs occasions. Sa créativité a été mise à profit pour des performances théâtrales et il a aussi filmé et monté beaucoup d’actions importantes. Mais c’est certainement par ses occupations pacifiques d’usines et de bureau de l’administration que Paul a le plus marqué les esprits.

La justice a toujours été une idée centrale de l’activisme climatique de Paul. Pour lui, le fait que « notre système économique mondialisé fasse passer les profits à court-terme avant toute chose » est une folie. Il pense qu’ «on vole les gens et la Nature et qu’il n’y a aucune intention de léguer quoi que ce soit à quiconque. » Paul remarque à quel point c’est « dérangeant de voir des PDG de corporations transnationales se féliciter d’avoir supprimé les emplois d’autres personnes et d’avoir déplacé leurs activités dans des pays qui ne peuvent pas se permettre d’avoir des lois qui protègent les conditions de travail et l’environnement. »

Selon Paul, « d’où que vous preniez le problème, dans le combat pour un monde plus juste et plus durable, vous arriverez rapidement au problème des patrons et de tous ceux à la solde de l’industrie mondiale basée sur l’énergie fossile ». Quand on voit ce qui est en jeu, c’est désormais le combat le plus important.


NAOMI KLEIN : « TOUT PEUT CHANGER »

Parmi les 10 000 personnes qui ont suivi le dernier jour du jeun pour la justice climatique, il y avait la journaliste d’investigation Naomi Klein, également auteure à succès, primée pour ses livres. Avant Copenhague, Naomi avait écrit plusieurs ouvrages sur l’avidité des corporations et les effets négatifs de l’économie mondialisée. Après Copenhague, elle est devenu une ardente activiste du climat, s’alliant à Bill McKibben, un défenseur du climat connu dans le monde entier et fondateur de l’ONG 350.org.

Naomi a commencé à s’intéresser de très près au changement climatique six mois avant Copenhague quand elle a rencontré l’ambassadrice de Bolivie Angelica Navarro Llanos. La majeure partie de l’eau potable de la Bolivie provient de ses glaciers et le plus célèbre d’entre eux avait déjà presque entièrement disparu quand la rencontre a eu lieu. Navarro Llanos lui a dit :

Des millions de gens dans les États insulaires, dans les pays les moins développés, ou enclavés, ou dans les communautés vulnérables du Brésil, de l’Inde, de Chine et partout dans le monde, souffrent des conséquences d’un problème dont ils ne sont pas responsables… Pour limiter les émissions au cours de la prochaine décennie, nous avons besoin d’une mobilisation massive, la plus grande que le monde ait jamais vue. Nous avons besoin d’un plan Marshall (le plan de reconstruction de l’Europe après la Deuxième Guerre Mondiale) pour la Terre… Il ne nous reste qu’une décennie.

Après une période de désespoir à la suite de Copenhague, Naomi Klein a commencé ses recherches pour son prochain livre, publié en 2014 et intitulé Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique. La plupart des choses qu’elle a trouvées étaient décourageantes mais elle n’a pas sombré dans le pessimisme grâce aux gens qu’elle a découverts, des personnes ordinaires totalement engagées dans toutes sortes d’activités positives, allant des jardins communautaires aux installations solaires urbaines.

Avec plusieurs milliers de personnes, dont des chefs amérindiens, des célébrités et Bill McKibben, Naomi a été arrêtée pour la première fois de se vie alors qu’elle participait à une action pacifique contre le pipeline Keystone XL aux États-Unis. S’il aboutit, ce projet acheminera des sables bitumineux (une source d’énergie fossile extrêmement polluante pendant son forage, son traitement et quand on la brûle) du Canada jusqu’au Texas, pour y être raffinés. Naomi a besoin de voyager pour son travail. Être arrêtée pouvait être un vrai problème pour elle, mais elle a décidé de prendre le risque. Elle explique que :

Cette crise est si grande, elle englobe tellement de choses, qu’elle change tout. Elle change ce que nous pouvons faire, ce que nous pouvons espérer, ce que nous pouvons exiger de nous-mêmes et de nos dirigeants. Cela signifie que beaucoup de choses qu’on pense inévitables ne doivent pas se produire. Et cela signifie que plein de choses censées être impossibles doivent commencées à arriver dès maintenant.


DANS CE CHAPITRE
climat et injustice
légal et illégal
états insulaires
désespoir à Copenhague
repenser l’impossible ?

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